En 2026, près de 850 000 logements ont quitté le statut de « passoire thermique » du jour au lendemain — sans qu’on y touche une seule vis. Le tour de passe-passe ? Un simple changement dans le calcul du DPE. Si ce diagnostic à trois lettres vous a toujours paru obscur, je vous le décortique ici sans jargon : ce qu’il mesure vraiment, comment lire ses classes, ce qui a changé cette année, et comment lui faire gagner des lettres.
≈ 850 000
logements sortis du statut de passoire thermique en 2026, sans aucun travaux.
Source : ministère de la Transition écologique, 2026.
Le DPE, l’étiquette énergie de votre logement
Le Diagnostic de Performance Énergétique fonctionne comme l’étiquette que vous connaissez sur un réfrigérateur ou un lave-linge : il classe votre logement de A (sobre) à G (très énergivore). Il devient obligatoire dès qu’on vend ou qu’on loue, et reste valable dix ans. Depuis sa refonte de juillet 2021, il est aussi opposable : concrètement, si le diagnostic est erroné, vous pouvez vous retourner contre le professionnel qui l’a établi. Ce n’est plus une formalité, c’est un document qui engage.
Deux notes en une : énergie et carbone
Ce que peu de gens savent, c’est que la lettre affichée résume en réalité deux mesures. La première est la consommation d’énergie primaire, exprimée en kWh par m² et par an : l’énergie qu’il a fallu produire pour chauffer, éclairer et alimenter le logement en eau chaude. La seconde est l’émission de gaz à effet de serre, en kg de CO₂ par m² et par an. Règle d’or à retenir : la note finale retient toujours la plus mauvaise des deux. Un logement peu gourmand en énergie mais chauffé au fioul peut donc être plombé par son étiquette carbone.
| Classe | Énergie primaire (kWh/m²/an) | Émissions (kg CO₂/m²/an) |
|---|---|---|
| A | ≤ 70 | ≤ 6 |
| B | 71 à 110 | 7 à 11 |
| C | 111 à 180 | 12 à 30 |
| D | 181 à 250 | 31 à 50 |
| E | 251 à 330 | 51 à 70 |
| F | 331 à 420 | 71 à 100 |
| G | ≥ 421 | ≥ 101 |
On parle de passoire thermique pour les logements classés F et G : les plus énergivores, aujourd’hui dans le viseur de la loi. C’est là que se concentrent les interdictions de location — et les meilleures marges de progression.
Ce qui change vraiment en 2026
Le changement de l’année tient dans un chiffre très technique : le coefficient de conversion de l’électricité passe de 2,3 à 1,9. Derrière ce jargon, une idée simple. Ce coefficient traduit l’énergie que vous payez — l’électricité qui arrive dans la prise — en énergie primaire, celle qu’il a fallu produire à la source. L’ancienne valeur, 2,3, datait d’une époque où l’on comptait large ; elle pénalisait lourdement le chauffage électrique.
En la ramenant à 1,9 (arrêté du 13 août 2025, appliqué à tout DPE établi depuis le 1er janvier 2026), l’État reconnaît que le mix électrique français est aujourd’hui décarboné à près de 95 % grâce au nucléaire et aux renouvelables ; cette valeur est d’ailleurs celle recommandée au niveau européen. Résultat, selon le ministère de la Transition écologique : environ 850 000 logements chauffés à l’électricité sortent des catégories F et G — la passoire thermique — sans le moindre travaux. Soyons honnêtes une seconde : leur confort réel, lui, n’a pas bougé d’un iota. C’est un rééquilibrage du calcul, pas un coup de baguette sur les factures — mais il débloque bien des situations de location et de vente. À l’inverse, les logements chauffés au gaz, au fioul ou au bois ne sont pas concernés : leur note ne change pas.
Passoires thermiques : le calendrier des interdictions
Le DPE ne se contente plus d’informer, il commande le droit de louer. Les logements les plus énergivores quittent progressivement le marché locatif, selon un calendrier fixé par la loi Climat et Résilience.
| Échéance | Logements interdits à la location |
|---|---|
| Depuis 2025 | Classés G (nouveaux baux et renouvellements) |
| 2028 | Classés F |
| 2034 | Classés E |
À la vente, une autre règle s’applique depuis avril 2023 : céder une passoire thermique impose de fournir un audit énergétique en plus du DPE. Là où le DPE se contente de noter, l’audit va plus loin — il propose un véritable parcours de travaux chiffré pour remonter les classes. Précieux pour l’acheteur, et souvent un solide argument de négociation.
Comment faire gagner des classes à votre logement
Remonter la note suit toujours la même logique, celle d’une rénovation bien menée : on agit du plus rentable au moins rentable. L’ordre que je conseille, celui que suivent les professionnels sérieux :
- Isoler, en commençant par le toitC’est le poste le plus déperditif. L’isolation des combles offre le meilleur rapport gain/prix, avant les murs et les menuiseries.
- Passer à un chauffage renouvelableRemplacer une vieille chaudière fossile par une pompe à chaleur ou un poêle à granulés fait gagner plusieurs classes — et de nombreuses aides le financent.
- VentilerUne ventilation performante assainit l’air et récupère la chaleur, pour un logement à la fois économe et sain.
Ces gains ne sont pas qu’une question de conformité : ils se lisent aussi sur le prix. On parle de valeur verte pour désigner la plus-value d’un bien bien classé. À l’inverse, un mauvais classement se paie : l’écart de prix entre un bon et un mauvais DPE peut atteindre 10 à 15 %, très variable selon les régions et la tension du marché. Remonter de plusieurs lettres peut donc peser bien plus lourd que le coût des travaux.
Vos questions fréquentes
Ce qu’on se demande avant de faire établir ou de lire un DPE.
Combien coûte un DPE ?
Comptez en général de 100 à 250 € pour une maison, selon la surface et la région. Le prix est libre : il vaut la peine de comparer deux ou trois diagnostiqueurs. Exigez un professionnel certifié et assuré, seul habilité à produire un DPE opposable.
Combien de temps un DPE est-il valable ?
Dix ans, à condition qu’il ait été réalisé selon la méthode en vigueur depuis juillet 2021. Les diagnostics plus anciens ne valent plus. Après une rénovation, mieux vaut en refaire un pour acter la nouvelle classe.
Mon logement est-il encore une passoire en 2026 ?
Peut-être plus. Avec le nouveau coefficient de l’électricité (1,9 au lieu de 2,3), beaucoup de logements chauffés à l’électricité gagnent une classe et sortent des catégories F et G. Un DPE actualisé permet de le vérifier sans engager de travaux.
Peut-on contester un DPE ?
Oui : depuis qu’il est opposable, un DPE erroné engage la responsabilité du diagnostiqueur. En cas de doute sur une note, demandez les données de calcul, et au besoin un second diagnostic. Une erreur de classe peut avoir de lourdes conséquences à la vente comme à la location.
Quels travaux font le plus gagner de classes ?
L’isolation, en priorité celle des combles, et le remplacement d’un chauffage fossile par un système renouvelable. Ce sont les deux leviers qui pèsent le plus dans le calcul. La ventilation complète l’ensemble.
Le vrai réflexe, si vous achetez, vendez ou rénovez : exigez un DPE récent, postérieur à juillet 2021, et faites-le refaire une fois les travaux terminés — c’est lui qui révélera la classe gagnée. Le reste, ce sont vos chantiers qui l’écriront, dans l’ordre : d’abord l’isolation, puis le chauffage.